Pleins feux sur les entrevues avec Coopérateurs

Béatrice Alain, Directrice Générale du Chantier de l'économie sociale

« Spotlight Interviews avec des coopérateurs » est une série d'entretiens avec des coopérateurs du monde entier que des responsables de l'OIT ont croisés au cours de leur travail sur les coopératives et l'économie sociale et solidaire (ESS) au sens large. A cette occasion, l’OIT a interviewé Béatrice Alain, directrice générale du Chantier de l’entreprises sociale à Québec.

Article | 18 octobre 2023

Comment avez-vous commencé à vous impliquer dans le travail de l'ESS ?

En 2010, je venais de revenir au Québec après de nombreuses années à l'étranger et j'ai commencé à travailler pour le Chantier de l'économie sociale à l’organisation du Forum international de l'économie sociale et solidaire (FIESS) qui s'est tenu en 2011 et qui était axé sur la coconstruction des politiques publiques. Cela m'a permis de constater l'ampleur et l'importance de l'ESS dans le monde, mais aussi de connaître les organisations et les acteurs québécois qui œuvrent en ESS, ainsi que l'importance de leur travail. Plus largement, l'ESS répond réellement à une révélation que j'ai eue peu après mes études de premier cycle en économie et en sciences politiques, à savoir que, quels que soient le degré de formation et de bonnes intentions des experts, les solutions aux problèmes locaux devraient avant tout être identifiés par les populations locales, qui doivent prendre part aux solutions et à qui il faut confier les moyens pour ce faire

Qu'est-ce que le Chantier de l'économie sociale?

Le Chantier rassemble une variété d'acteurs pour promouvoir et développer l'économie sociale au Québec. C’est un facilitateur d’intelligence collective, en particulier du croisement des connaissances sectorielles et territoriales et des aspirations des mouvements sociaux, mais aussi un facilitateur d’alliances : comment travailler ensemble sur des objectifs et des projets spécifiques qui nous apportent collectivement plus que ce que nous obtiendrions si nous travaillions seuls.

Comment fonctionne le Chantier de l'économie sociale?

Le Chantier rassemble des réseaux d'entreprises de l'ESS – réseaux sectoriels et réseaux régionaux, présents partout au Québec – aux côtés d'autres acteurs qui soutiennent le développement de ces entreprises comme moyen de démocratiser notre économie. Ensemble, ces acteurs travaillent à identifier les besoins au sein de l’ESS, ou les opportunités pour le développement de l’ESS, et mettent en œuvre des réponses, qu’il s’agisse d’un nouvel outil d’investissement financier, d’un programme de formation, d’une politique publique à promouvoir, etc.

Comment l'économie sociale et solidaire du Québec a-t-elle évolué au cours de la dernière décennie depuis l'adoption de sa législation sur l'ESS ?

L'ESS au Québec a évolué principalement en fonction des besoins du terrain plutôt que de la législation, quoique nous venons de célébrer les dix ans de notre loi cadre en économie sociale, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en 2013. Actuellement, certains des plus grands problèmes au Québec sont la dégradation de l'environnement et l'intérêt de développer de nouveaux processus plus durables pour gérer nos matières résiduelles ; une population vieillissante, et tout ce que cela signifie en termes de pénurie de main-d'œuvre et de nécessité de repenser nos systèmes qui assurent les soins aux populations vulnérables et à ceux (principalement les femmes) qui en prennent soin ; la dévitalisation de certaines régions et comment maintenir un niveau de vie adéquat pour tous les Québécois ; un intérêt accru pour les questions de diversité et d’inclusion au sein du mouvement de l’économie sociale, y compris la manière d’inclure et d’assurer une voix aux jeunes et aux individus issus de différents milieux ethnoculturels, et les questions autour de la transmission des connaissances au sein des entreprises et de l’écosystème qui les soutient.

Plus concrètement, depuis la législation adoptée en 2013, nous disposons d’un portrait statistique gouvernemental (publié en 2018 avec les données de 2016). L’Institut statistique du Québec travaille actuellement à en produire un nouveau. Ce genre d'exercices permet de suivre, de manière très concrète, l'évolution de l'ESS dans certains secteurs, régions, en termes de conditions de travail, etc.

Quelle est la pertinence de la résolution de l'ONU sur a promotion de l’économie sociale et solidaire au service du développement durable pour le Québec ?

La résolution est un bon rappel aux acteurs québécois et au gouvernement du Québec que l'ESS n'est pas une réalité locale ou exceptionnelle, mais une force mondiale de plus en plus reconnue par les gouvernements comme étant utile pour atteindre les ODD. Il nous est également intéressant de noter que la résolution a été appuyée par le gouvernement du Canada, qui par ailleurs n'utilise généralement pas ce vocabulaire pour encadrer ses actions, principalement parce que cette terminologie n'est pas utilisée ailleurs au Canada. Donc, à l’avenir, une des questions sera de s’interroger sur ce à quoi s’engage le gouvernement fédéral à l’issue de ce soutien

Comment voyez-vous vous-même, le Chantier et le mouvement ESS au Québec contribuer à faire avancer les recommandations de la résolution de l'ONU sur la promotion de l’économie sociale et solidaire au service du développement durable?

L’ESS au Québec a grandement bénéficié de s’inspirer et d’apprendre de pratiques internationales de l’ÉSS, et est toujours ouverte à partager nos expériences, dans l’espoir que nos réussites et nos erreurs pourront inspirer d’autres. Nous continuerons à le faire, de concert avec les actions de l’ONU en faveur de l’ESS lorsque pertinent.